Mariage : tout ce qu’on attend d’une mariée (et dont on parle rarement)
Les injonctions invisibles qui pèsent sur les femmes pendant les préparatifs
De l’annonce des fiançailles jusqu’au jour J, une future mariée reçoit souvent une avalanche de conseils… qu’elle n’a jamais demandés. Sur sa robe de mariée, sur son corps, sur la façon de gérer son stress, sur les fleurs, le lieu, le photographe…. et même sur sa manière d’être heureuse, et la manière de le montrer !
Cela rappelle quelque chose que beaucoup de femmes connaissent bien avant les préparatifs du mariage : cette familiarité collective avec leur corps, leurs choix, leur façon d’occuper l’espace.
Alors que ce moment devrait être un condensé de bonheur et de liberté, il est en réalité un des plus normés de l’existence féminine. Le mariage est une institution sociale ancienne, les attentes qui l’accompagnent le sont tout autant. Ce moment concentre et intensifie les injonctions déjà présentes dans la vie des femmes.
Mais alors, peut-on s’en affranchir ?
Être organisée ...
La première injonction est peut-être la plus ancrée, parce qu’elle se déguise en compliment. Une “bonne mariée” est une mariée organisée. Elle a un tableau Excel pour ses prestataires, un rétroplanning sur 18 mois, une vision claire de chaque détail de l’organisation du mariage. Elle gère.
Mais attention : elle ne doit pas trop le montrer. Une mariée qui parle de logistique, qui pose des questions précises, qui suit les devis et les contrat de près devient vite “une mariée difficile”, trop exigeante …et trop dans le contrôle.
Le double piège est redoutable : une mariée qui n’organise pas passe bien souvent pour irresponsable.
La seule position acceptable semble être celle de la compétence invisible : tout doit être parfait… mais doit donner l’impression que tout s’est fait presque tout seul, en légèreté !
... mais pas une "Bridezilla"
Le terme “bridezilla” apparu dans les année 90 est révélateur. Il désigne une mariée obsessionnelle, insupportable …en gros le pendant “mariage” de l’hystérique.
Il n’existe pas vraiment d’équivalent masculin dans le vocabulaire courant. Le terme “groomzilla” existe en théorie, mais il est rarement utilisé, et lorsqu’il apparaît, il est souvent traité avec une certaine indulgence amusée : un homme qui s’implique dans son mariage, c’est quand même touchant !
La bridezilla, elle, est devenue une figure de dérision. Un archétype culturel qui fonctionne comme une mise en garde implicite adressée aux futures mariées :
reste à ta place !
Une femme qui sait ce qu’elle veut pour son mariage et qui l’exprime clairement devient suspecte. Elle est redéfinie comme irrationnelle, capricieuse ou incontrôlable, là où le même comportement chez un homme serait simplement décrit comme “avoir des standards”.
Avoir un mariage qui “fait” mariage.
Il existe une esthétique du mariage qui s’est installée dans l’imaginaire collectif des sociétés occidentales : la robe blanche longue, le bouquet rond, le dîner, la pièce montée, l’échange des alliances, …
Ces codes du mariage ne sont pas neutres.
Certains sont même relativement récents. La robe blanche, par exemple, ne s’est généralisée qu’au XXᵉ siècle, popularisée par la robe de mariage de la reine Victoria en 1840. Avant cela, les femmes se mariaient dans leur plus belle robe, quelle qu’en soit la couleur.
Ces traditions se présentent aujourd’hui comme des évidences.
Une mariée qui s’en écarte doit se justifier : Pourquoi pas de robe longue ? Pourquoi pas de bouquet ? Pourquoi un midi et pas le soir ?
A mon sens, ce n’est pas seulement une question de goût. C’est une question de légitimité sociale. Le mariage “qui fait mariage” envoie un message : celui que les choses ont été faites correctement. S’en éloigner, c’est prendre le risque d’être jugée sur ce que l’on ne fait pas, plutôt que célébrée pour ce que l’on choisit.
Ne pas stresser.
“Profite, c’est le plus beau jour de ta vie” ! Cette phrase, répétée en boucle pendant les préparatifs du mariage, contient deux injonctions : être heureuse… et lâcher prise.
La mariée doit être détendue, rayonnante, présente. Elle ne doit pas penser à la logistique, alors qu’elle s’est “tapée” quasiment toute l’organisation…
Mais attention, la même mariée qui “profite trop”, qui danse trop tôt, qui boit un verre de trop, qui disparaît avec ses amis pendant le cocktail sera jugée pour son manque de présence auprès des invités ou de son conjoint.
L’espace entre “trop stressée” et “pas assez présente” est minuscule. Il exige une forme de performance émotionnelle très précise : être heureuse de la bonne façon, dans la bonne mesure, au bon moment.
Rayonner, sans déborder.
C’est une chorégraphie émotionnelle implicite, jamais écrite nulle part, mais que beaucoup de femmes finissent par comprendre… un peu comme dans la vie de tous les jours !
S’affranchir de ces injonctions ...
Identifier et nommer ces injonctions ne les fait pas disparaître. Mais en prendre conscience est souvent le premier pas pour s’en libérer.
La vraie question devient alors : qu’est-ce qu’on veut vraiment vivre ?
Dans les préparatifs du mariage, cela suppose de distinguer ce qu’on désire profondément de ce qu’on croit vouloir parce qu’on l’a vu partout. C’est réussie à se dire : “ça, c’est pour les autres.” et “ça, c’est pour nous.”
Les couples qui organisent leur mariage à partir de cette logique font souvent le même constat : leur journée a une identité, une cohérence, et les émotions ressenties sont démultipliées.
Le mariage ne devient pas “le plus beau jour de leur vie” mais un souvenir unique parce qu’ils auront vécu une expérience unique qui leur appartient.
Les injonctions faites aux femmes dans le mariage ne sont finalement que le reflet de celles qui traversent toute leur vie. Se marier autrement, c’est parfois “simplement” décider de ne pas les reproduire.
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